Paroles

Album : La joie tranquille (à paraître – octobre 2025)

Le camp à Woody

J’suis… Forgé à même la langue de bois, la langue du cœur
Des coureurs, des chasseurs, pis des trappeurs du Grand Nord
La langue qui tient l’fusil, qui pleume sept-huit perdrix
Fais ça les yeux fermés pour la fondue du souper

Une langue qui parle pas trop, mais qui sait câller gros
Comme un ostie d’vieux buck bandé dur comme le roc
De ceuze qui prennent le bois avec à boire pour un mois
Qu’après trois jours, r’descendent à barrière parce qu’y a pus d’bière

La langue de celui qui veut juste qu’on y sacre patience
Qu’on y crisse la paix une fois d’temps en temps
Tsé c’pas si compliqué astheure que j’y pense
J’suis dû pour r’monter au camp à Woody

Moé pis tu seul pis mes quatre murs, j’pourrais ben dire j’trouve pas ça dur
La tête peuplée de mille montagnes, de lacs, de forêts, pis de sphaignes
Mes bottes vont pas su’ l’asphalte, quand j’marche en ville j’dérape
Si l’blues me sacre une bonne taloche, j’comble la distance a’ec ben du scotch

Kek chose comme une grand place qui est suspendue dans l’temps
Un vieux chalet d’gardien qui m’empoisonne le sang
Pendant le reste d’l’année, j’fais rien que d’y penser
Mon stock est toujours prêt pour r’monter au camp à Woody

Ah! J’déménagerais su’a côte, drette au bord du lac Cœur
Le murmure d’un ruisseau, mélodie du bonheur
Pis quand Octobre arrive, dans l’air pluvieux d’l’automne
Les mains en cornet… écoute comment… je m’époumone…

(Solo)

Beau génie trempé dans le sirop d’la coulée de c’t’année
Je noye dans la job mes grands rêves boisés
Au moins mes chansons un instant me transportent là-bas
Pis j’vas les chanter jusqu’à en perdre la voix

La voix de celui qui veut juste qu’on y sacre patience
Qu’on y crisse la paix une fois d’temps en temps
Tsé, c’pas si compliqué astheure que j’y pense
J’suis dû pour r’monter au camp à Woody

Moé pis tu seul pis mes quatre murs, j’pourrais ben dire j’trouve pas ça dur
La tête peuplée de mille montagnes, de lacs, de forêts, pis de sphaignes
Des bottes, ça va pas su’ l’asphalte, j’ferais l’chemin à pied jusqu’à l’Étape
Pas mêlant, quand j’arrive au Lac, j’pense rien que monter au 54

Trocs de pêche

J’échangerais ma guitare pour un sonar
Une quinte de ma voix pour une Sainte-Croix
Toutes mes pédales d’effet pour un bon moulinet
J’dompe drette-là ma douze cordes pour que ça morde

Je préfère les casses lignes à ’a mandoline
Je sauterais vite un jam pour m’acheter une rame
J’te confirme que ça pêche pas fort fort au jack ¼
J’dompe drette-là ma douze cordes pour que ça morde

(Refrain)
Ce que j’ferais pas pour une 15 pieds
J’renierais pas le goût du gaz mixé
J’cracherais même pas dans un lac ensemencé
J’vis la saison d’la pêche à l’année

Pas besoin de Les Paul, moi j’ai mes trôles
J’vendrais ma Fender pour une boîte de vers
Un gros Marshall à lampes, ça vaut pas une bonne ancre
J’dompe drette-là ma douze cordes pour que ça morde

Mon p’tit ampli Traynor pour un trailer
Ma bonne vieille guit classique pour un bécyk
J’te troque là mon micro contre un Mister Minnow
J’dompe drette-là ma douze cordes pour que ça morde

(Refrain)
Ah, ce que j’ferais pas pour une 15 pieds
J’renierais pas le goût du gaz mixé
J’cracherais même pas dans un lac ensemencé
J’vis la saison d’la pêche à l’année

(Solo)

(Refrain)
Ah! Ce que j’ferais pas pour une 15 pieds
J’renierais pas le goût du gaz mixé
J’cracherais même pas dans un lac ensemencé
J’vis la saison d’la pêche à l’année

(Couplet de sortie – version longue)
J’échangerais ma guitare pour un sonar
Une quinte de ma voix pour une Sainte-Croix
Toutes mes pédales d’effet pour un bon moulinet
Mais j’garderai ma Boucher tant que j’pourrai jouer

Tableaux de chasse

Le barbotis d’une truite et l’éphémère à fleur d’eau
Le crépitement des frites en train d’chauffer l’gazebo
La douce brise du matin qui souffle le pilote du frigo
Le feu d’hier presqu’éteint achève de brûler nos mégots…

(Refrain)
Oooooh oooh… Sapins, mélèzes et nids d’perdreaux…
Oooooh oooh… Enveloppent le camp tel un cadeau…

Le jeu de washers qu’on lance qui fait ben de l’écho
En prenant de la bière, ça attire les orignaux
Haut dans les nuages : une symphonie de cris d’oiseaux
Une autre volée d’outardes prend la route de Mexico…

(Refrain)
Oooooh oooh… Mille épinettes pis quelques bouleaux…
Oooooh oooh… C’est pas pour rien qu’y a du brûlot…

(Solo)

Un joli coup de croquet joué sur l’kiss de l’arceau
Dins parties qu’on s’fait quand pour la chasse fait trop chaud
Ces doux cantiques qu’on entonne les soirs où l’vin coule à flots
Le lendemain ça sent l’fond d’tonne, mais on redécolle à l’apéro…

(Refrain)
Oooooh oooh… Mûre forêt mixte, lacs et ruisseaux…
Oooooh oooh… Peignent pour les yeux tout un tableau…

La joie tranquille de Saint-Denys Garneau

Droit et serein comme un bouleau jaune
Froid et profond comme un pin blanc
Heureux comme une branche de sapin sans baume
Hector jette son âme à l’eau… chancelant

(Refrain)
Il laisse pour testament… une partition disant :
« Je chante la joie à côté de moi
J’entends ma joie qui glisse à côté de moi
Et ma chanson étrangère prend l’chemin d’l’étagère »

Triste et blessé dans sa mémoire
Il vagabonde à l’aube de l’oiseau
Le désenchantement et l’ennui… des nénuphars
Emprisonnent cœur et douleur… pianissimo

(Refrain)
Il laisse pour testament… une partition disant :
« Je chante la joie à côté de moi
J’entends ma joie qui glisse à côté de moi
Et ma chanson étrangère prend l’chemin d’l’étagère »

(Solo)

Les longs étés sous les rameaux
Mille rêves muets inassouvis
Dans l’air flottent les pleurs de Fossambault
Hector touche le fond du canot puis s’évanouit

(Refrain)
Il laisse pour testament… une partition disant :
« Je chante la joie à côté de moi
J’entends ma joie qui glisse à côté de moi
Et ma chanson étrangère prend l’chemin d’l’étagère »

Cupidon chasse pas à la carabine

J’me demande encore comment on a pu se rendre jusque là
À rider sur les hauts, pis à s’effrayer dins bas
Notre vie à deux, comme un canot sur la Péribonka
J’garde le cap dins rapides pendant que t’écopes nos tracas

Tous nos baisers volés jadis comme autant de voyages
Une sorte de tour du monde tiré à notre image
On s’nourrit à p’tit feu du temps et ses branchages
On panse nos blessures d’hiver à même notre ravage

(Refrain)
Une maudite chance que Cupidon chasse pas à carabine
Parce qu’il aurait peinturé en rouge la chambre de mon p’tit cœur
Pour le garder intact, j’trempe notre amour dans paraffine
Chaque jour goûte notre bonheur

On a portagé nos boîtes d’histoires de lacs en rivières
Une tendresse qui nous réchauffe même dins plus longs hivers
Quand je m’égare à l’orée de ta luxuriante crinière
Le feu s’embrase comme en une sauvage sapinière

(Refrain)
Une maudite chance que Cupidon chasse pas à carabine
Parce qu’il aurait peinturé en rouge la chambre de mon p’tit cœur
Pour le garder intact, j’trempe notre amour dans paraffine
Chaque jour goûte notre bonheur

(Solo)

On s’est promis d’être là dans l’meilleur comme dans le pire
Encore hier tu me piégeais dans ta trappe à sourires
Nos p’tites folies, nos grands élans, nos ébats, nos désirs
Ensemble, toujours, on vogue de souvenirs en soupirs

(Refrain)
Une maudite chance que Cupidon chasse pas à carabine
Parce qu’il aurait peinturé en rouge la chambre de mon p’tit cœur
J’ai emballé des miettes d’amour dans une étamine
En guise d’en-cas pour les jours de grande noirceur

(Refrain)
Une maudite chance que Cupidon chasse pas à carabine
Parce qu’il aurait peinturé en rouge la chambre de mon p’tit cœur
Pour le garder intact, j’trempe notre amour dans paraffine
Chaque jour goûte notre bonheur…

Lac-Bouchette

Tu parles d’une idée, toé chose
Pour notre tournée des grands ducs
D’alimenter notre cirrhose
En nous montant par La Tuque
Par la 155

À chaque bar d’village on trinque
C’est ça la règle du jeu
Un quart d’heure max par pinte
Comme le faisaient nos aïeuls
Sur la 169

La légende raconte qu’un soir
En r’venant de Shawi
Jos Gagnon parti sua foire
A composé une mélodie
Qui allait à peu près comme suit

(Refrain)
On est à Lac-Bouchette : débouche-nous une ’tite frette
À Saint-François-de-Sales : 1, 2, 3, go, on cale
Pis une fois à Chambord : on pétera pas yinque des scores

Mon grand-père qui aimait l’fun
Dans un LeSabre 68
Roulait a’ec deux, trois d’ses chums
Comme des yâbles dans l’eau bénite
En direction d’Roberval

Avec mon air triomphal
Moi je r’pars lentement de Grandes-Piles
Dans mon vieux Buick Regal
Les gars s’humectent les papilles
En beuglant c’te refrain

(Refrain)
On est à Lac-Bouchette : débouche-nous une ’tite frette
À Saint-François-de-Sales : 1, 2, 3, go, on cale
Mais attention à c’rythme-là, w’est pas rendus à Alma

J’avoue être resté ben bête
Passant rivière Bostonnais
La broue doit m’monter à tête
J’ai raté mon arrêt (Shit!)
Prochain stop dans une heure

Les vieux roulaient dans noirceur
Sortant à peine de Desbiens
Ils crient en chœur au chauffeur
« Heille! Ramène-nous dans l’chemin! »
Y ont fini ’es quatre roues dans l’eau

(Refrain)
On est à Lac-Bouchette : débouche-nous une ’tite frette
À Saint-François-de-Sales : 1, 2, 3, go, on cale
Une fois à Saint-Nazaire, j’pense que j’vas avoir besoin d’air

Après y a un grand boutte sec
Entre la Maurice pis le Lac
Maudite forêt d’épinettes
Simard t’en tabarnak
Un vrai tonneau sans fond

Bill Boudreault qui trouve ça long
Allume un bat en arrière
Moi j’roule la pédale au fond
Reste juste l’eau dans glacière
L’gros Bouchard qui r’prend vie (pis qui s’met à chanter…)

(Refrain)
On est à Lac-Bouchette : débouche-nous une ’tite frette
À Saint-François-d’Sales : 1, 2, 3, go, on cale
Pis à Saint-Cœur-de-Marie, ben c’est là qu’j’me suis endormi…

(Sortie)
… Dans ’a rivière aux Harts
Le char a filé mal sale
On a passé proche être morts
Pis ça a fini dans l’journal